Anne Rice a rendu les vampires sensuels, philosophes et tragiques, avant que *Twilight* ne ruine tout.
Avant qu’un certain Edward Cullen ne transforme le vampire en petit ami stalker qui scintille au soleil, Anne Rice a fait quelque chose de radicalement différent : elle a rendu le vampire tragique.
Louis, le sad boy originel
Louis de Pointe du Lac est un aristocrate de la Nouvelle-Orléans transformé en vampire contre son gré, et il passe l’éternité à se demander si cette éternité en vaut la peine. C’est mélancolique, c’est beau, c’est parfois un peu trop.
Lestat
Lestat est le contrepoint parfait de Louis : là où l’un se noie dans la culpabilité, l’autre embrasse sa monstruosité avec une joie de vivre presque obscène. Il tue avec panache, se moque des tourments existentiels de Louis, et traverse les siècles comme on traverse un salon mondain.
Louis et Lestat
Louis et Lestat, c’est le couple toxique le plus fascinant de toute la littérature fantastique. Lestat le flamboyant, le cruel, l’irrésistible ; Louis le tourmenté, le moral, le résigné. Leur dynamique est complexe, entre amour, ressentiment, dépendance et rejet.
Claudia
Et puis il y a Frida* Claudia, et c’est elle qui transforme le roman en tragédie. Transformée en vampire alors qu’elle n’a que cinq ans, elle est condamnée à grandir intellectuellement et émotionnellement dans un corps qui ne changera jamais. Elle développe des désirs d’adulte, une intelligence acérée, une rage froide, piégée à jamais dans une enveloppe de poupée. Sa relation avec Louis et Lestat (pères? créateurs? amants ? geôliers?) est extrêmement dérangeante. Elle est la preuve vivante (façon de parler) que le don de l’immortalité peut être la pire des malédictions.
*Jacques Brel private joke
Anecdote : ce premier tome de la saga des vampires d’Anne Rice a été traduit en français par Tristan Murail , le frère de Marie-Aude Murail (ceux qui s’intéressent à la littérature jeunesse savent de qui je parle)